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• Nous avons remarqué votre attachement à la terre, d’où vous vient cette attirance ?
C’est au cours d’un long séjour à Boston que je me suis initiée à la céramique en prenant des cours de tournage, modelage, sculpture, coulage.
De retour en France, je ne pouvais imaginer mes journées sans toucher la terre : j’ai donc ramené un four des US puis suivi une formation professionnelle au lycée des Arts appliqués Auguste Renoir auprès de Mireille Mallet. Cet apprentissage par une céramiste qui avait plaisir à transmettre son savoir m’a permis de m’initier aux différents types de décor : sur-émail, sous-émail, sur faïence, grès, porcelaine.
En parallèle, je suivais des cours d’Histoire de l’Art de la Céramique à Drouot. Apprendre à reconnaître une faïence ou une porcelaine française ou étrangère en observant sa forme, son décor, sa palette de couleurs, la qualité de l’émail, la couleur de sa terre, sa sonorité. C’était fascinant !
La beauté de la porcelaine et la finesse de ses décors ont retenu tout mon intérêt.
• Alors, vous avez aussi appris la peinture sur porcelaine ?
Oui, pendant quelques années dans l’atelier du Musée de Sèvres auprès de Bénédicte de Rousiers puis de Régine Caillas. Ensuite, je me suis perfectionnée en dessin en suivant des cours de dessin d’observation à l’école Boule avec l’artiste-peintre Alain Guiguet. Un autre monde s’ouvrait à moi.
• Au Musée de Sèvres vous avez aussi suivi les conférences de M. Antoine d’Albis ?
En suivant les conférences des Amis du Musée de Sèvres, Antoine d’Albis, chimiste, ancien chef du laboratoire de la Manufacture de Sèvres, m’a transmis l’essentiel : une porcelaine doit être fine, blanche et translucide. La passion et l’enthousiasme partagés de cet homme m’ont donné envie de me lancer sur cette voie.
• Ces qualités font la réputation de vos bijoux ?
Oui, je garde cette ligne de conduite : ma porcelaine est fine, blanche et translucide à la lumière. Chaque bijou a cette « marque de fabrique », ce qui a retenu l’attention de la Réunion des Musées Nationaux : les bijoux sont en vente à la boutique du Musée de Sèvres et du Musée de Limoges.
Cette qualité d’émail blanc et onctueux des bijoux permet aux peintres d’obtenir des décors brillants et lumineux.
• Comment les fabriquez-vous ? Plusieurs cuissons sont-elles nécessaires ?
Chaque bijou est façonné à la main, avec patience et minutie. Le pain de terre de porcelaine et l’émail viennent de Limoges. Les bijoux ne sont pas coulés dans des moules mais fabriqués à l’emporte-pièce, un peu selon le principe des gâteaux.
Pour fabriquer un bijou, il faut d’abord préparer une pâte très fine au rouleau, découper la forme du bijou à l’aiguille ou à l’emporte-pièce, l’ébarber en nettoyant la tranche avec une éponge fine. Après séchage, le bijou reçoit une première cuisson de dégourdi atteignant 1 000° C sur 10 heures. Puis, ce sera l’opération émaillage à l’ancienne, au trempé : étape critique du processus de fabrication. Un émail trop épais ne serait pas lisse mais piqué de points ou disgracieux en laissant apparaître des bourrelets sur les bords du bijou. Or, l’émail de chaque bijou devra être soyeux au toucher, sans imperfections.
Après un nouveau nettoyage fin de l’émail sur la tranche du bijou, la cuisson d’émaillage montera à 1 280° C en 11 heures. Entre la première étape et la dernière, le bijou aura perdu environ 15 % de sa taille initiale !
Le fait que le bijou soit parfaitement désémaillé au verso permet aux peintres de les poser directement à plat sur les plaques du four lors de ses cuissons de décor.
• Vous avez bien été distinguée à Dallas en 2010 ?
Oui, la présence de Peter Faust à la Convention de l’IPAT m’a incitée à traverser l’Atlantique. Peter a été le premier à décorer mes bijoux. Il m’a toujours encouragée et continue à stimuler ma créativité dans la réalisation de nouvelles formes !
En participant au concours sur le thème « Wings of Wonder - Les Ailes du Merveilleux », je souhaitais voir si le pays qui m’a enseigné les bases de mon métier apprécierait la pièce que je présentais. « L’Arbre aux papillons» a été récompensé d’un Ruban d’Argent. Cette reconnaissance me donne des ailes pour participer à la prochaine Convention de l’IPAT qui se tiendra à San Francisco du 12 au 18 août prochain !